PAULINE NARET

artiste peintre

“ DASEIN ”

série, 2022

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Heidegger, philosophe allemand du XXe siècle, appelait "Dasein", l'existence. La conscience de cette dernière. "L'essence du Dasein réside dans son existence". 

Le Dasein est en relation permanente d'instabilité avec soi. S'il n'est rien de défini, c'est qu'il a toute l'étendue du possible devant lui.

C'est dans l'infini de la solitude, de l'introspection et de la remise en question du "moi", que j'ai trouvé mon Dasein. Mon Dasein est mon temps vécu, et celui qu'il me reste à vivre. 

Pour comprendre le rapport entre le temps, et le Dasein, retenez seulement ceci : 

"Le temps est au Dasein ce qu'il est à la mélodie."

L'idée de cette nouvelle série m'est parvenue suite à une période de vide sidéral d'inspiration, de plaisir, et d'épanouissement. J'ai pu bénéficier, heureusement, du soutient moral de mes proches. Mais ce n'était pas suffisant. J'ai donc compris que je devais m'en sortir sans l'intervention d'un tiers. Une quarantaine de jours durant, je n'ai pu faire que réfléchir, penser. A ce que j'étais, à ce que je souhaitais faire, l'envie de peindre m'ayant déserté. Dans une volonté de montrer toute la force introspective de cette période, et par facilité, je me suis donc utilisée comme propre modèle pour explorer un nouveau traitement de la peinture à l'huile : un dessin réaliste d'après photo, et un traitement en couche unique, d'après une palette "carnation" de 6 couleurs en utilisant des blancs, noirs, siennes et terre d'ombre naturelle. Traitement semi réaliste, sans dilution de la peinture.

B O D Y  P A I N T I N G 

La nuit était déjà à demi consommée quand la lumière jailli de l'obscur. 

Après avoir représenté des corps de toutes les façons, il est temps de peindre les corps.

Après m'être peinte, je me suis regardée dans le miroir. Comme aux frontières du réel et du mystique, je voyais mon corps prendre un aspect que je ne lui avais jamais imaginé. Comme la connexion suprême entre mon art et mon être, entre mon corps et mon esprit. 

 

Mon travail prenait enfin tout son sens : un véritable corps, le mien de surcroît. Ma peinture. Et la confrontation de mes complexes à ce que je revendique, la confrontation de ma personne par rapport à ce que je voulais démontrer par mon travail en peinture. Toujours devant le miroir, ou derrière l'écran de  mon téléphone à regarder les photos, je comprends conscience de ma propre sexualisation, de la douceur de mon propre corps, de sa féminité. J'ai posé les yeux sur mon corps comme j'aurais posé les yeux sur une oeuvre : mes recherches se matérialisent. 

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"Doppelgänger"

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Le "doppelgänger" est un terme germanique désignant, dans le folklore allemand, le "double" d'une personne (il s'agit généralement d'un double maléfique). Dans cette série, on retrouve deux femmes, toujours. Il y a une notion de dualité, grâce à l'utilisation d'un vermillon brûlant et d'un outremer profond, puis en toute logique par la représentation de deux sujets humains, mais les corps liés par leurs membres et leurs visages tournés l'un vers l'autre semblent réunifier les oeuvres. 

Inconsciemment, les oeuvres sont inspirées de "La Danse" d'Henri Matisse, et expriment sensiblement les mêmes émotions : la vie, la mouvement, le rythme. Les gestes se veulent dynamiques, communicatifs de sentiments, principalement celui de sororité. Les mains sont disproportionnées, accentuant par leur grandeur le sens du toucher, car c'est par les mains que se transmettent et se lisent les énergies.

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"la sieste", 2021

"Soeurs II"

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"la sieste", 2021

"Soeurs II", c'est la suite de la série "Soeurs", réalisée en 2020. Rappelons la ligne directrice :

 

"Soeurs", c'est l'ode à la femme, à la féminité. C'est la douceur, c'est la sublimation des caractères sexuels secondaires de la femme. Ce sont des couleurs vives, mélange de magenta et de bleu primaire, amenant inéluctablement au pourpre et au violet. La technique de rendu de valeurs est le clair-obscur : le clair représente la lumière, le foncé les ombres propres et portées. Il y a évidemment la notion de sororité dans cette série, de woman empowerment. Il y a aussi une part de féminisme : mettre la femme en avant à travers la peinture, l'art, la culture, mettre en lumière le corps de la femme nu, en sortant de la sexualisation systématique des corps et de la censure. 

 

NON, "Soeurs" n'est, et n'a jamais été érotique 

Après tout, l'art est libre d'être interprété, et c'est ce qui le rend si spécial. Néanmoins, l'intention de l'artiste est loin de vouloir faire transpirer ses peintures d'érotisme et de sexualité. 

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"à toi, ma soeur", 2021

Time laps de "la sieste"

Sortir de la sexualisation des corps, et raconter autre chose

Le corps des femmes m'a toujours fasciné. Il me rassure, me rappelle la maternité, et par transfert, mon enfance. J'ai un jour dit à mon père, qui me demandait pourquoi diable, "des corps de femmes", que c'était pour me rapprocher du coeur de ma mère. Et quelque part, c'est une vraie réponse. La maternité, le pouvoir des femmes de donner la vie, et le lien entre la mère son enfant, me semblent être des choses d'une préciosité sans égal, indicibles. Tout cela relevant de la nature dans sa forme simple et primaire, loin des futilités qui nous animent malheureusement telles que l'argent, le stress et la rapidité à laquelle les technologies évoluent. 

"Soeurs II", une suite

Cette nouvelle série s'inscrit donc dans la logique de son ainée, sur le fond principalement. En ce qui concerne la forme, de nouvelles couleurs, avec de nouvelles connotations : le vert de vessie par exemple, couleur qui rappelle la nature par essence. J'ai aussi adopté un style plus "propre", plus maîtrisé. Peut-être par expérience, on peut y voir une sorte d'amélioration dans la technique, ou tout simplement une suite, une évolution dans la manière de procéder. C'est ce que j'aime à croire.   

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Veste pour Alexis

Tableaux sur jeans

Je m'ennuyais sur les toiles, et je cherchais un nouveau support. M'apparait alors ma vieille veste en jean, basique. Sans réfléchir, je décide de reproduire la peinture d'une toile de ma série expressionniste. Alors, certains en voulaient une aussi, comme Alexis qui m'a confié sa veste.

 

Exposition de la série "Soeurs" au Quartier B 

Bordeaux, du 14 octobre au 4 novembre 2020